
Il y a quand même un truc qui n'est pas juste et qu'il faut que les hommes sachent. Ça a un peu à voir avec le concept de
la maman et la putain, avec tout ce qu'on nous dit, tout ce qu'il faut être ou ne pas être quand on est une fille, comment il faut se conduire, comment il faut réagir avec les hommes.
Parce qu'il y a plein de trucs qu'on apprend, qui se transmettent par je ne sais quel moyen, par les magazines féminins, les croyances populaires, et toutes ces choses fascinantes. On est pas mal conditionnées sur plein de choses en fait...
Je veux parler là de la panne. La panne sexuelle. Oui, je sais que ça n'arrive qu'aux autres, en attendant, nous, les filles, on est toutes tombées un jour sur un type qui était victime d'une panne.
Alors, pas de soucis, hein, on est préparées à ce genre de situation. On est coachées, en quelque sorte, dès le plus jeune âge (ou presque) pour savoir comment réagir.
Moi, je ne sais plus trop comment je l'ai su, mais je savais qu'il fallait dire « mais c'est pas grave, tu sais, ça arrive. La fatigue, le stress, les pensées négatives, tout ça. C'est rien, ça arrive à tout le monde. Limite, ça prouve que tu es humain, tu vois, tu n'es pas une machine, on peut pas toujours être au top, des coups de mou (ouais enfin, il vaut mieux éviter l'expression), ça arrive ». Voilà.
C'est exactement ça qu'il faut dire. Il faut ra-ssu-rer l'homme. L'homme est une petite bête fragile qui est toute perturbée si son engin ne marche pas. Il n'aime pas la défaillance, l'homme. Il n'aime pas se dire qu'il ne contrôle pas tout. Il vit très mal les problèmes de bandaison. Ça lui montre qu'il n'est pas le superman qu'il croyait être. Ça l'affaiblit. C'est en tout cas ce que pensent toutes les filles, ou en tout cas ce qu'on a dit à toutes les filles. Toutes les filles ont donc été préparées à cette situation, et toutes les filles y répondent de la même manière. Elles rassurent.
Alors les hommes réagissent différemment à la situation. Il y en a qui s'en remettent assez vite et qui s'endorment en se disant que demain, ça ira mieux. Il y a ceux qui sont assez en colère, fâchés contre eux-même et qui disent que c'est bon, ça va, laisse moi dormir. Il y a ceux qui sont tout déçus, tout penauds et qui n'arrêtent pas de dire que vraiment, ils ne comprennent pas, que ça ne leur arrive jamais, que pourtant, ils avaient la pêche et paf, plus rien, que c'est très bizarre et que pourtant, ils ont vraiment envie mais leur corps non, mais vraiment c'est étrange parce que ça ne leur est jamais arrivé, je te jure...
Eux, c'est peut être les pires. Parce que ce qu'on ne nous dit pas, c'est à quel point c'est perturbant aussi pour nous. Mine de rien, si panne il y a, ça nous concerne. Et, nous ce qu'on se dit, tout en étant des braves filles qui rassurent leur homme pour ne surtout pas que ça le perturbe, c'est que c'est peut-être de notre faute aussi. Et que si ça ne lui arrive jamais en plus, c'est que c'est forcément lié à nous. Du coup. Que si monsieur a une panne, c'est peut-être parce qu'on ne l'excite pas. C'est peut-être parce qu'il ne nous trouve pas à son goût, pas assez belle, pas assez bandante, en résumé.
Alors, on a beau rassurer, on n'a qu'une envie, c'est d'être rassurées à notre tour. Qu'on nous dise, à nous aussi, que c'est pas de notre faute, que ça n'a rien à voir avec son désir pour nous, ni avec l'amour qu'il nous porte. Éventuellement. Enfin, si c'était possible que ce soit dans les deux sens cette histoire de rassurer, ce serait pas mal. Je trouve.
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